Quel avenir pour la médecine ?

Nous vous proposons un extrait de l’entretien avec Diego Tomassone, médecin chirurgien, et Ilaria Lesmo, anthropologue, dans lequel ils réfléchissent sur la médecine conventionnelle et non conventionnelle ou alternative.

Les deux plus grandes forces et les deux plus grandes limites de la médecine conventionnelle ? 

Diego Tomassone 

« À mon humble avis, les défauts majeurs de la médecine conventionnelle sont l’invasivité et la considération du corps physique avant tout, en ignorant l’émotivité et la réaction aux événements du patient, défauts qui deviennent des points forts de la médecine non conventionnelle, appelée par hasard « médecine douce », où le diagnostic et le traitement sont tentés d’une manière plus « complète et totale » (ce n’est pas par hasard qu’en homéopathie on recherche la totalité des symptômes), en considérant aussi la narration de l’expérience du patient, en contextualisant la symptomatologie et la séméiotique détectée. » L’avancée de la médecine nous permet d’un côté d’aller plus loin dans la médecine conventionnel mais en parallèle, le secteur des médecines alternatives fait des bonds en avant fulgurants. 

Ilaria Lesmo 

« La médecine conventionnelle, que je préfère définir comme biomédecine, a tout d’abord le grand mérite de pouvoir isoler efficacement les signaux organiques, également en vertu de la dichotomie qu’elle établit entre la dimension psychique et la dimension physique. Grâce à cette opération culturelle, elle a pu définir des modes d’intervention (pharmacologiques et chirurgicaux) extrêmement efficaces dans la gestion des symptômes.

Cette focalisation sur les symptômes et la dimension organique constitue cependant aussi une limite : la biomédecine analyse les causes d’un phénomène en se demandant « comment » il se produit, mais pas « pourquoi ». Les mécanismes explicatifs qu’il envisage restent pour la plupart confinés à la dimension organique. Cela entrave les analyses de grande envergure capables d’intégrer les explications des phénomènes physiques à celles des phénomènes émotionnels, sociaux, culturels et politico-économiques. L’épidémiologie a apporté quelques corrections dans ce sens, mais elles sont encore insuffisantes à mon avis.

La deuxième limite est la plus dangereuse. La biomédecine n’a pas conscience de sa dimension épistémologique. Elle suppose de représenter la réalité telle qu’elle est objectivement. Inconsciente d’être la fille d’une série de processus historiques, sociaux et culturels qui l’ont générée et la structurent continuellement, elle ne réalise pas qu’elle représente un point de vue particulier. Il lui est donc difficile de se confronter à d’autres visions du monde, qu’il s’agisse de celles des patients, d’autres spécialistes du traitement ou de chercheurs d’autres disciplines. »

De quelle médecine rêvez-vous pour nos enfants, pour nous, et pour tous nos aînés ?

Diego Tomassone 

« Je rêve simplement d’une médecine plus sobre, plus respectueuse et plus juste, où chaque intervention, tant diagnostique que thérapeutique, est décidée avec l’alliance thérapeutique du patient, en pleine conscience, liberté et respect de son individualité. »

Ilaria Lesmo 

« Tout d’abord, je voudrais une médecine individualisée. J’entends par là qu’elle doit non seulement tenir compte de la spécificité psycho-physique de chaque individu, mais aussi de son histoire, de ses points de vue, de ses conceptions de la santé et de la maladie.

Pour cette raison, elle doit aussi être une médecine capable de garantir des parcours pluriels et complémentaires, qui ne sont pas antagonistes mais capables de s’intégrer efficacement en fonction des besoins et de la recherche de sens de chaque sujet.

De plus, j’aimerais une médecine où la relation de confiance avec le spécialiste est une priorité. Une médecine qui, au lieu d’imposer et de forcer, sait comprendre et diriger.

À mon avis, cela pourrait garantir la santé de l’individu mais, en même temps, celle de la société dans son ensemble. »

Qui sont Diego Tomassone et Ilaria Lesmo ?

À propos de Diego Tomassone : Chirurgien nutritionniste médical. Il est titulaire d’une maîtrise en maladies pédiatriques complexes et s’est spécialisé en médecine homéopathique hahnemannienne. Inscrit à la Faculté de Physique et Master en Biostatistique et Epidémiologie, chercheur en Philosophie des Sciences et Biopolitique. Candidat au doctorat de l’IASSP en « Gouvernance et leadership public ».

À propos d’Ilaria Lesmo : Anthropologue, titulaire d’un doctorat en anthropologie de la contemporanéité. Experte en anthropologie médicale, elle s’intéresse à la biomédecine, à l’ethnographie à l’hôpital, aux pratiques de subjectivation, à la biopolitique.